Que peut-on apprendre de l’écosystème allemand de l’impact investing ?

Road2Impact
6 min readAug 10, 2021

L’écosystème allemand de l’impact investing est encore relativement petit, mais a connu une croissance continue ces 5 dernières années. De fait, d’après le rapport intitulé Impact investing in Germany- A Dynamic Growth Market publié par Bundesinitiative Impact Investing, le marché de l’impact investing représentait 69 millions d’euros en 2015 pour atteindre les presque 6,5 milliards d’euros en 2020.

Des pionniers de l’impact investing comme BonVenture et Ananda Impact Ventures sont apparus au début entre les années 2000 et 2010 à une période où la notion d’impact investing était encore à ses débuts. Ces derniers se sont implémentés dans l’écosystème avec une vision dite impact first (*) de l’impact investing.

Néanmoins, une nouvelle génération de fonds cherche à démontrer que la réalisation d’un impact est compatible avec des retours sur investissements semblables à ceux du VC traditionnel. Ces derniers adoptent une vision dite finance first (**).

Source: Impact investing in Germany- Bundesinitiative

Dans l’écosystème allemand, les fondations et family office sont encore les principaux investisseurs dans les fonds à impact. Leurs investissements représentent près de la moitié du volume des investissements à impact. Ils jouent également un rôle de catalyseur, à l’instar de la Fondation BMW qui a participé à la création de la Bundesinitiative Impact investing, une organisation dont l’objectif est d’accroître la diffusion de l’investissement à impact en Allemagne.

(*) impact first : une stratégie dite impact first, consiste à investir dans des entreprises en visant la maximisation de l’impact social ou environnemental de celles-ci, tout en acceptant que les retours sur investissement soient relativement inférieurs à ceux du marché.

(**) finance first : une stratégie dite finance first consiste à investir dans des business model qui cherchent à résoudre un problème social ou environnemental fondamental, tout en cherchant des retours sur investissement supérieurs à la moyenne du marché.

1/ BonVenture et Ananda : une vision impact first qui évolue

BonVenture et Ananda Impact Ventures sont en Allemagne des pionniers de l’impact investing. Ils sont apparus il y a plus de 10 ans, et ont contribué à un mouvement de transition vers une finance plus durable. BonVenture est un fonds de venture capital qui investit en série A ou B et qui s’est affirmé dans l’écosystème avec une vision impact first. Avec ses 4 fonds à impact, BonVenture investit de manière agnostique dans des entreprises ou des associations qui résolvent des problèmes principalement sociaux mais aussi environnementaux avec l’objectif de maximiser leur impact.

On remarque qu’en même temps que le marché des entreprises à impact croit, ces acteurs cherchent à faire évoluer leur stratégie se tournent vers des investissements ayant des potentiels de retour sur investissements de plus en plus importants. C’est le cas notamment d’Ananda, un fonds de venture capital en early stage qui se définit comme impact first, mais qui cherche aujoud’hui un retour sur investissement qui ne soit pas en dessous de la moyenne du marché.

2/ Revent et Planet A : une nouvelle génération de fonds finance first

Revent et Planet A Ventures font partie des nouveaux acteurs allemands de l’impact investing qui défendent une vision où performance financière et impact sont intrinsèquement liés. Selon eux, plus une entreprise à d’impact sur la société plus sa croissance sera forte car son impact lui confère un avantage concurrentiel sur le marché.

Revent est un fonds en venture capital qui se définit comme “ impact focused ” et qui intervient du pré-seed à la série A. Revent considère que les entreprises capables de résoudre des problèmes sociaux et environnementaux grâce à leur activité ont un avantage concurrentiel. Elles sont donc les plus à même de connaître une croissance forte ainsi qu’une valorisation supérieure sur le marché. Par ailleurs, pour garantir un retour sur investissement important, Revent investit le plus souvent dans des entreprises tech aux modèles très scalables.

Planet A Ventures est un fonds VC, qui cherche à investir dans des entreprises en early stage dont le business model répond à des problèmes sociaux et environnementaux de manière quantifiable et mesurable (scientifiquement si possible), tout en générant un retour financier important. Une de leur particularité est leur approche très scientifique de la mesure d’impact. En effet, Planet A a développé sa propre méthodologie de mesure qui se base sur l’analyse scientifique du cycle de vie des produits ou des services proposés par les entreprises de leur portefeuille.

3/ Purpose Ventures : le steward ownership pour avoir un impact

Pendant ces deux semaines en Allemagne, nous avons aussi rencontré Purpose Ventures, une société de gestion investissant en early-stage et serie A en Europe et aux Etats-Unis. Purpose Ventures accompagne les entreprises “purpose-driven” dans leur développement économique sans compromettre leur mission et leur indépendance. Pour ce faire, la société cible des entreprises intéressées par ou ayant déjà un statut particulier : celui de “steward owned company”.

Cette structure juridique, alternative à la “primacy shareholder” (*) ownership, est fondée sur deux principes : l’autogestion et le “profits serve purpose”. Elle confère le pouvoir de décision aux employés actifs de l’entreprise plutôt qu’à des investisseurs ou actionnaires éloignés. Les bénéfices engrangés, servent la mission de l’entreprise et sont soit réinvestis dans l’entreprise ou dans les parties prenantes, soit donnés. Les investisseurs et les fondateurs sont eux rémunérés équitablement avec des rendements et des dividendes plafonnés.

(*) Primacy shareholder : théorie de la gouvernance d’entreprise selon laquelle les intérêts des actionnaires doivent être considérés comme prioritaires par rapport à toutes les autres parties prenantes de l’entreprise.

4- Wermuth AM : Les fonds long-short, une façon innovante d’avoir un impact

Pendant notre étape allemande, nous avons rencontré Wermuth Asset Management une société d’investissement et un family office qui cherche à contribuer à la transition d’une économie linéaire vers une économie circulaire décarbonée de manière rentable. Sur le marché côté, la société d’investissement a lancé des fonds dits long short (WEELS & WGCI).

Dans ses fonds, non seulement Wermuth Asset Management exclut les entreprises de “The Carbon Underground 200” de leurs positions longues mais les short en même temps pour générer de forts rendements financiers en cas de l’éclatement de la bulle carbone. La société est également active lors des assemblées annuelles pour lutter contre la corruption ou le gaspillage des ressources dans les entreprises qu’ils ont en portefeuille. Cette stratégie a massivement surperformé ses homologues avec des risques plus faibles.

5- Phineo : un acteur particulier de l’impact investing en Allemagne

Phineo est un intermédiaire dans l’écosystème allemand de l’impact investing. C’est une société d’analyse et de conseil pour un engagement social efficace, ayant le statut de société anonyme à but non lucratif. Au sein de Phineo, l’équipe en charge de l’impact investing organise ses activités autour de trois piliers :

  • Un think thank qui a pour objectif de renforcer et développer l’écosystème de l’impact investing en Allemagne via l’apprentissage entre pairs, la formation et l’éducation.
  • La mesure de l’impact, en analysant les stratégie d’impact et d’orientation d’impact de fonds de private equity. Phineo a pour cela développé une méthode propriétaire alliant son expertise et le modèle de mesure d’impact développé par l’Impact Management Project.
  • Le conseil : Elle accompagne et conseille des asset managers sur l’orientation de leur stratégie d’impact et sur la façon dont ils peuvent contribuer à résoudre des problèmes sociaux et environnementaux.

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